Projet Éclipse
Sur une île secrète au large de la France, le gouvernement mène le Projet Éclipse : créer une armée d'armes humaines pour remplacer ses soldats.
La plupart des sujets meurent. Trois seulement ont survécu :
Dorian Michisaki (003), qui plie la matière à sa volonté, Kaito (002), capable de faire fondre l'acier en 5 minutes, et 004, qui peut faire pousser la vie et guérir l'incurable.
Prisonniers du Directeur Ichinose Morie et du Dr Sakeda, ils sont l'avenir de la guerre. Mais Kaito a un autre plan : s'évader, et ne laisser personne derrière lui.
CHAPITRE 1 : Le laboratoire du Docteur Sakeda
DirecteurIchinoseEtDrSakedaIl vivait dans sa bulle. Une bulle de blouse blanche et de produits qui nous brûlaient la gorge.
Depuis trois ans, je n'ai connu que ça. Une pomme le matin. Un verre d'eau avec une pilule verte qui nous faisait trembler. Un programme d'entraînement différent pour chacun. Deux heures de sport jusqu'à vomir. Une heure de sommeil. Puis la piscine. Pas une piscine. Une bassine de produits avec un compte à rebours au-dessus de nos têtes.
On était cinquante au début. Cinquante enfants. Doués ou non. Une sélection naturelle, disait Sakeda.
Maintenant, on est trois.
Kaito Kanzaki, 002. Il peut faire fondre n'importe quel métal. J'ai vu un jour fondre une porte blindée juste en posant sa main dessus. L'acier coulait comme de l'eau.
Il y a Merida, 004. Ses cheveux sont verts, avec des petites fleurs blanches au bout, qui s'ouvrent quand elle a peur. Elle ressemble à une elfe qui se serait perdue dans une forêt de béton. Elle peut guérir un cancer en absorbant les cellules mortes et en les remplaçant par des cellules neuves. Vierges. Blanches. Ça pourrait sauver des milliards de vies.
Mais on est enfermés.
Et il y a moi. Dorian Michisaki, 003. Leur produit fétiche. Je désintègre. J'écarte les atomes d'un objet, vivant ou non, juste en le regardant. Parfois, je me déteste de savoir faire ça. Parce qu'ils m'utilisent pour ça.
Ce soir, c'était le soir.
Deux mois que je cartographiais la base dans ma tête. Chaque couloir. Chaque ronde. Chaque caméra. Sakeda voulait montrer au Directeur Ichinose à quel point j'étais devenu puissant. C'était notre fenêtre.
21h04. Kaito a commencé.
J'ai entendu le grésillement dans les murs. Il était en train de faire fondre le réseau des caméras, une par une. Lentement, pour ne pas déclencher l'alarme générale. Sur l'écran de ma cellule, j'ai vu les voyants passer au noir.
21h07. On m'a ouvert.
Le Directeur Ichinose et le Dr Sakeda parlaient devant ma porte vitrée. Ils parlaient de moi comme on parle d'un chien de concours. Et puis le garde, Manabe, le bras droit du Directeur, s'est écroulé. Sans un bruit. Kaito venait d'arriver dans son dos.
Le visage de Sakeda... je m'en souviendrai. Pour la première fois, il avait peur de nous.
Kaito a levé la main vers le boîtier. Le métal a rougi, puis a fondu. Mes menottes se sont ouvertes.
— On va chercher Merida, a-t-il juste dit. Sa main fumait encore.
La salle 04 était gardée par deux gardes et quatre soldats. Pas assez. Merida nous a sentis avant même qu'on arrive. Son caisson de verre, là où ils la gardent comme une plante en pot, s'est fissuré. En trois secondes, il a explosé. Ses cheveux... ses cheveux se sont allongés comme des lianes et ont arraché leurs armes. J'ai détourné les yeux.
Merida004— Par là ! J'ai crié.
On a couru vers la sortie de secours, celle qui donne sur la mer. C'est là qu'on a entendu le premier tir.
evasionPlageManabe. Il s'était relevé. AK-47 en main.
La première balle a sifflé à mon oreille. La deuxième a touché Kaito au bras. Il a serré les dents et a pointé sa paume ouverte vers la rafale. Les balles ont fondu en plein air. De petites gouttes de métal incandescent sont tombées sur le béton.
On a sauté dehors. L'air de la mer nous a giflés. Après trois ans à respirer du produit, ça faisait mal.
On a couru. Des kilomètres. Jusqu'à voir une lumière jaune, entre deux palmiers. Un chalet.
Un homme grand et carré nous attendait dehors. Le visage marqué de rides et de brûlures. Des brûlures que je reconnaissais. Celles de la bassine.
Il m'a reconnu. Moi, non.
ChaletALaPlage— Rentrez ! Rentrez vite ! Ils vont vous repérer avec les drones thermiques ! a-t-il hurlé d'une voix grave et rauque.
On s'est engouffrés. Kaito saignait.
Et c'est là qu'elle est apparue. Une jeune fille, 16 ans à peine. Frêle. Elle s'est approchée de Kaito sans peur, a posé sa main juste au-dessus de sa plaie, a fermé les yeux et a murmuré quelque chose que je n'ai pas compris.
La chair s'est refermée. Comme si la balle n'avait jamais existé.
Merida a fait un pas en arrière.
— Comment tu as fait ça ?
— Je vois les choses depuis que je suis petite, a dit la fille en tremblant. Plus que les autres. Le monsieur avec les longs cheveux noirs... le Docteur... il a voulu m'emmener. Il disait que j'avais un pouvoir. Mon papa m'a défendue. Ils l'ont blessé très fort.
Dorian a compris.
— Sakeda voulait te capturer ?
La fille a hoché la tête, les bras croisés sur elle, comme pour se protéger du froid.
L'homme s'est avancé. Il pleurait.
— Je m'appelle Morasaki Izumi. Je travaillais pour eux. Okinawa, avant. Le Directeur Ichinose m'a offert un poste en France, bien payé. Ma femme n'était plus là. J'ai deux filles. J'ai accepté. Je ne savais pas... Au début, vous étiez cinquante. Des orphelins. Des gamins qu'on avait arrachés à leur famille. Pour lui, vous n'étiez que des numéros. Plus vous mourriez, plus il devenait fou.
Il s'est effondré sur une chaise.
— Je n'ai pas pu l'arrêter. Personne n'a pu. Le sujet 001 est mort à cause de ce fou. Il a voulu trop pousser son pouvoir.
Le silence est tombé dans le chalet. Dehors, on entendait au loin le vrombissement d'un hélicoptère.
Kaito m'a regardé.
— Le sujet 001 ?
Morasaki a levé ses yeux rougis vers nous.
— Il contrôlait le temps. C'était le préféré du Directeur. Et Sakeda l'a tué. Et il le lui cache depuis.
ChaletDialogueRevCHAPITRE 2 - DANS UN SALE ÉTAT
DialogueIchinoseSakeda
CarnageSalle04La lumière rouge clignotait encore.
Le laboratoire n'était plus qu'un amas de métal fondu. Les caméras pendaient du plafond, liquéfiées. Les ampoules avaient éclaté. L'odeur du plastique brûlé flottait, âcre.
Sakeda était assis au sol, le dos contre une console éventrée. Sa blouse blanche était noircie.
— Ils se sont évadés... le caisson est vide, souffla-t-il.
Ichinose se tenait près de lui. Ses cheveux blancs étaient en désordre. Il porta une main à son visage, une douleur sourde lui vrillait le crâne.
— Je vois ça. Tout est mort. Caméras, serrures... il a tout fait fondre.
— Mais personne n'est mort, dit Sakeda en relevant les yeux. Il aurait pu... Il les a juste assommés.
Ichinose ramassa une douille intacte au sol.
— C'est bien ce qui m'inquiète. Il contrôle maintenant.
Le talkie de secours grésilla sur la table. Ichinose l'attrapa.
— Manabe. Ici Ichinose. Tu me reçois ?
Le grésillement laissa place à une voix.
— Cinq sur cinq, Directeur. Je suis sur la plage sud. J'ai des empreintes. Trois. Et des fleurs. Des petites fleurs blanches qui poussent dans le sable. C'est pas normal.
Sakeda murmura :
— Merida...
La plage était noire, balayée par le vent.
Manabe avançait, lampe torche à la main. Deux soldats derrière lui, armes baissées, essoufflés. Le faisceau jaune coupait la nuit.
Il s'accroupit.
— Là, dit-il dans le talkie. Regardez-moi ça.
Dans le sable humide, trois traces. Pas bien nettes, effacées par le vent, mais visibles.
Une grande, lourde, qui s'enfonçait. Une plus petite, pieds nus à moitié recouverts de boue. Et une troisième, toute fine.
— Les gamins, marmonna le premier soldat. Ils sont passés par ici.
Manabe ne répondit pas. Son faisceau s'était arrêté un peu plus loin.
Dans le sable, là où il n'aurait dû y avoir que du sel et des algues, il y avait des pétales.
Des pétales blancs, minuscules, qui brillaient faiblement sous la lumière. Et autour, comme une traînée, de petites fleurs blanches qui venaient de pousser. En plein milieu de la plage, en hiver.
Il en ramassa un. Il était chaud.
— Merida, souffla Manabe. (dans le talkie, soudain plus tendu) Directeur, vous aviez raison. C'est bien elle. Le sujet 004. Elle laisse des traces. Elle... elle fait pousser des trucs. Même ici.
— MANABE (TALKIE - ICHINOSE) : — Reste dessus. Ne la perds pas.
Manabe se releva, et suivit la ligne de fleurs du regard. Elles montaient, en pointillés, vers la falaise. Vers le vieux chalet dont la fenêtre était à peine éclairée par une lanterne.
— Ils sont passés par ici, haha, dit le second soldat, nerveux. La gamine elle sème des fleurs. On va les retrouver les yeux fermés.
Manabe ne riait pas.
— Non, dit-il. Elle marque son chemin. Elle a peur.
Il éteignit sa lampe torche. Au loin, le chalet était plongé dans le noir, sauf une faible lueur jaune. Une lanterne. Quelqu'un veillait.
— Coupez les lampes, ordonna Manabe. On les approche à pied. Silencieux.
Au chalet, Dorian venait de se lever pour regarder par la fenêtre. Il ne vit rien. Juste la mer. Et dans le sable en contrebas, quelques points blancs qui brillaient, qu'il prit pour de l'écume.
Il referma le rideau.
ManabePlageIl referma le rideau.
Le tissu retomba lourdement. Dans le chalet, la lanterne grésilla.
— Alors ? fit Kaito.
Dorian ne répondit pas tout de suite. Il gardait la main sur le rideau.
— Rien. La mer. C'est tout.
Il mentait mal. Kaito le vit tout de suite à sa mâchoire serrée.
Sur le lit, Sofia s'était recroquevillée un peu plus contre son père. Ses mains tremblaient.
— Ils ont éteint, souffla-t-elle.
Tout le monde se tourna vers elle.
— Quoi ? fit Morisaki.
— Leurs lumières. Ils viennent de les éteindre. Ils savent où on est.
Un silence tomba. Plus épais que le noir dehors. Merida, à côté d'eux, regarda ses propres mains bandées. Une minuscule fleur blanche venait de pousser entre deux tours de bande, là, sous ses yeux. Elle ne l'avait pas voulue.
Elle arracha la fleur. Trop tard.
Dehors, sur la plage, la traînée de pétales que Dorian avait prise pour de l'écume brillait un peu plus fort sous la lune. Comme un fil.
— On est à cinquante mètres. Visuel sur le chalet. Une fenêtre éclairée. Je vois des silhouettes, murmura Manabe dans son talkie, accroupi dans le sable.
Il s'accroupit. La deuxième équipe derrière lui.
— On attend mon signal. Personne ne tire. Le sujet 004 est non-létal. Je répète, non-létal.
Il regarda la falaise. Le petit chalet en bois. La faible lueur jaune qui dansait.
Et dedans, Sofia releva la tête d'un coup sec, les yeux grands ouverts.
— Il est là. Devant la porte.
On frappa.
Pas un coup de crosse. Trois coups du poing. Lents. Épuisés.
Tout le monde se figea. La lanterne au centre du chalet crépita.
Dorian et Kaito étaient déjà debout. Kaito devant le lit où Sofia s'était recroquevillée contre Merida. Dorian à un pas de la porte, le 003 visible sur son épaule.
— Dorian ? fit la voix dehors.
C'était Manabe. Calme. Trop calme. Une voix rauque, comme s'il n'avait pas dormi depuis deux jours.
— Ouvre, Dorian. S'il te plaît.
Dorian ne bougea pas.
— Combien ? demanda Kaito.
Un petit rire fatigué derrière le bois.
— Tout seul, mentit Manabe. Je suis venu seul.
Sur le lit, Sofia ferma les yeux. Une seconde. Son souffle se coupa.
— Non, souffla-t-elle. Il ment.
Elle rouvrit les yeux. Ils étaient humides. Ailleurs.
— Il y en a cinq. Dans les buissons. À gauche de la plage. Et deux derrière les arbres, près du sentier. Ils sont accroupis. Ils attendent.
Kaito et Dorian se regardèrent. Elle venait de voir.
— Sofia ? fit Dorian à voix basse. T'es sûre ? Tu les vois ?
— Je les ressens. Et je vois un bout. Un flash. Ils nous attrapent. Ils tirent quelque chose. Une toile.
Manabe, dehors, posa sa main à plat sur la porte. Il s'appuya dessus, comme si ses jambes ne le tenaient plus.
— Écoutez... je sais que vous ne me croyez pas. Vous avez raison. J'ai fait de la merde. Tout ce temps. Mais Ichinose arrive. Dans vingt minutes. Et lui, il ne frappera pas.
Il baissa la voix.
— Sofia... c'est toi qui m'entends ? Tu sais que je ne mens pas quand je te dis qu'ils vont vous prendre vivants, mais qu'après... après ce sera pire. Laissez-moi vous sortir d'ici. Juste vous. Pas eux.
— On ne bouge pas, cracha Kaito.
— Kaito, je sais que tu as le 002, continua Manabe, toujours calme. Je sais que Dorian a le 003. Je m'en fous. Je ne suis pas là pour ça. Je suis là pour les filles.
Merida, sur le lit, serra la main de Sofia. Une fleur blanche poussa entre leurs doigts liés. Malgré elle. La peur.
Sofia la regarda pousser. Et d'un coup, elle vit autre chose. Plus loin. Pas maintenant. Plus tard.
— Papa... souffla-t-elle.
— Quoi ? fit Morisaki, qui jusque-là n'avait rien dit, assis dans l'ombre.
— Papa part. En bateau. Avec Dorian. Et moi je... je reste ici.
Son père fronça les sourcils. Il ne comprenait pas. Personne ne comprenait que Sofia venait de voir un futur qui n'était pas encore arrivé.
Dehors, dans les buissons, une branche craqua.
Manabe ferma les yeux. Il savait que ses gars s'impatientaient.
— Dernière chance, dit-il en posant son front contre la porte. Ouvrez. Faites-moi confiance, juste une fois.
Et dans le chalet, Dorian posa lentement sa main sur la poignée. Pas pour ouvrir. Pour la tenir fermée.
Manabe poussa d'un coup sec avec son pied la porte frêle en bois du chalet.
Les filles paniquées à l'intérieur. Merida agrippée au drap, Sofia les bras autour d'elle.
Morisaki prit son glock 9mm et visa Manabe ainsi que les gardes qui avançaient doucement derrière lui.
— Alors Manabe ça faisait un bail, s'exprima Morisaki en protégeant Sofia et Merida.
— Ouais un sacré bail, à cause de toi on a beaucoup perdu sale égoïste, mais peu importe je suis venu les récupérer alors dégage.
Le regard de Manabe devint bleu. Dorian brisa la lampe et la transforma en lame qu'il lévita en sa direction s'arrêtant devant sa gorge.
— Dorian vas-y maintenant, dit Morisaki.
— Kaito vas-y on se les fait !! cria Dorian sérieux, la main tendue, la lame tremblant contre la gorge de Manabe.
— Très bien on y va ! cria Kaito.
Kaito se jeta dehors sur la plage. Merida le suivit, les mains déjà couvertes de ronces blanches qui poussaient toutes seules sous sa panique. Dorian resta dans l'encadrement pour tenir Manabe.
Manabe grogna. D'un revers de bras, il brisa la lame de verre. Elle explosa en poussière devant son visage. Sa joue saigna.
Il n'avait plus qu'une cible.
— Tu aurais dû rester au labo, Morisaki.
Il leva son glock. Il visa Morisaki. Droit au cœur.
Son doigt appuya.
Et à cette seconde exacte, Sofia se dressa devant lui.
Elle ne cria pas. Elle ne courut pas. Elle se leva du lit, les bras tendus en barrière devant son père. Le regard sérieux. Noir. Fixe sur Manabe.
— Non.
La balle était déjà partie.
Elle visait Morisaki. Elle prit Sofia.
En pleine poitrine.
Le bruit fut sourd. Pas comme dans les films. Juste un claquement mat.
Sofia resta debout une seconde. Les bras toujours tendus. Elle regarda Manabe. Puis son père derrière elle.
— Papa...
Elle s'effondra.
Le sujet spécial des recherches du Laboratoire venait de tomber.
Un silence. Une seconde qui dura une éternité.
Puis Morisaki devint fou.
— SOFIA !!!
Furax, Morisaki visa deux fois sur Manabe. À bout portant.
— Tu...
Pan.
— ...as...
Pan.
Manabe ne dit rien. Il tomba à genoux d'abord. Puis tête la première sur le plancher du chalet. Le sang partout sur le bois, sur les pétales blancs que Merida avait fait pousser quelques heures plus tôt.
Morisaki lâcha son arme et se jeta au sol pour prendre Sofia dans ses bras.
Dehors, sur la plage, Dorian et Kaito étaient en train de régler les comptes des gardes à l'aide de Merida avec ses pouvoirs. Les ronces blanches s'enroulaient autour des chevilles des soldats, les filets électrifiés crépitaient dans le sable mouillé.
Personne ne savait encore que dans le chalet, Sofia était morte.
La nuit fut terrible.
LaMortSofiaChapitre 3 Une Balle, Deux Morts.